Comment évaluer la qualité d’une éducation bilingue ?
Les bénéfices du bilinguisme chez les jeunes ne sont plus à démontrer ! Flexibilité cognitive, ouverture et capacité d’adaptation, sociabilité… Ces richesses peuvent s’acquérir naturellement au sein de la famille mais aussi lors d’un parcours scolaire bilingue. Quels sont les différents dispositifs permettant d’ouvrir ces horizons linguistiques aux élèves français ? Quels sont les critères de qualité d’une éducation bilingue ?
Commençons par une bonne nouvelle : les jeunes Français progressent en anglais ! Selon l’indice English Proficiency Index (indice EP) après cinq années de baisse, la France a obtenu 15 points de plus entre 2024 et 2025. Nous avons gagné six places pour atteindre la 38eplace mondiale et dépassé l’Italie ! Ce progrès repose, semble-t-il, sur le niveau des jeunes adultes notamment. Précisons que l’indice EP mesure le niveau d’anglais dans 123 pays et régions chaque année. Mais le chemin du bilinguisme est encore long en France. L’indice EP indique aussi que l’expression orale demeure un point faible majeur.
Les différentes offres bilingues dans les établissements scolaires français
On compte en France plusieurs milliers d’établissements proposant un enseignement plus ou moins renforcé en langues vivantes, à travers différents dispositifs :
- Les sections bilangues en 6e : les collèges proposent une année d’avance pour apprendre une deuxième langue étrangère que l’anglais. Cette option vise à garantir un niveau plus avancé dans la deuxième langue étrangère choisie (allemand, espagnol, italien…) par rapport aux élèves qui en ont classiquement débuté l’apprentissage en 5eme. Cela peut aider le cas échéant à intégrer plus facilement une section européenne qui n’existe plus au collège mais seulement à partir de la 2nde.
- Les sections européennes ou de langues orientales (SELO) au lycée : ces sections permettent d’approfondir la pratique d’une langue vivante via 1 à 2 heures hebdomadaires d’apprentissage de la langue choisie. Dans le cadre de ce projet, l’établissement organise des activités culturelles et des échanges internationaux pour approfondir la connaissance de la civilisation du pays de la langue étudiée.
Au niveau des lycées généraux et technologiques, les langues suivantes sont proposées :
- en section européenne : allemand, anglais, espagnol, italien, néerlandais, portugais, russe.
- en section de langues orientales : arabe, chinois, japonais, vietnamien.
Au niveau des lycées professionnels, ce sont l’allemand, l’anglais, l’espagnol et l’italien qui sont proposés.
Focus sur les SELO
Autre aspect intéressant des SELO : elles proposent l’enseignement d’une partie du programme d’une ou plusieurs disciplines non linguistiques (DNL) dans la langue de la section (histoire-géographie, enseignement scientifique, mathématiques, EPS…) et matières de spécialité (dans le cycle terminal). Environ 2 700 SELO existent dans les lycées français plus de 200 000 lycéens y sont scolarisés (1). Ces filières ouvrent un accès privilégié aux sections binationales proposées par certains lycées.
Le cas des disciplines non linguistiques
Les disciplines non linguistiques en langue étrangère (DNL hors SELO)(2) : les élèves peuvent décider de suivre, en langue vivante étrangère ou régionale, une discipline non linguistique parmi les enseignements communs ou de spécialité, conformément aux horaires et aux programmes en vigueur. Les DNL hors SELO peuvent être proposées dans des lycées qui n’ont pas forcément de section européenne. Les élèves peuvent alors obtenir la mention DNL au baccalauréat.
- Les sections binationales au lycée : elles permettent d’obtenir le baccalauréat français et son équivalent national dans le pays concerné par la langue choisie : Abibac, pour l’allemand, Bachibac pour l’espagnol, et Esabac pour l’italien. Dans ces sections, 4 à 6 heures hebdomadaires d’apprentissage de la langue et de la littérature sont dispensées dans la langue et l’histoire-géographie est entièrement enseignée dans la langue étrangère.
- Les sections internationales : déployées dans des collèges et lycées (et même en écoles primaires). Elles proposent l’étude intensive de la langue et de la civilisation d’un pays, 4 à 6 heures par semaine ainsi qu’une autre discipline (mathématiques ou histoire-géographie) dans la langue. Ces matières sont enseignées par des professeurs étrangers. L’objectif est l’obtention du bac avec option internationale qui facilite ensuite l’accès aux universités du pays concerné. Il existe 1044 sections internationales et classes menant au baccalauréat français international en France (BFI) et dans les établissements français à l’étranger.
- Les filières régionales bilingues (3) : ce sont des parcours scolaires où les élèves apprennent à la fois en français et dans une langue régionale. Elles existent de la maternelle au lycée et visent à développer un véritable bilinguisme ainsi qu’une connaissance de la culture régionale (breton, basque, occitan, catalan, alsacien, corse, etc.). Dans une filière bilingue, une partie des enseignements est dispensée en langue régionale et l’autre en français. En Bretagne, le modèle le plus répandu est le partage approximatif 50 % français / 50 % breton. Certaines disciplines (histoire-géographie, sciences, arts, etc.) peuvent être enseignées en breton.
Quels sont les indicateurs d’un bon niveau de bilinguisme ?
Jim Cummins(4), chercheur canadien en éducation, professeur émérite à l’Université de Toronto, est reconnu pour ses travaux pionniers sur le bilinguisme. Selon lui, une bonne section bilingue ne produit pas seulement des élèves capables de converser, mais aussi de raisonner, argumenter et rédiger à la fois dans leur langue maternelle et dans la langue étrangère acquise.
L’objectif d’un enseignement bilingue n’est donc pas seulement la communication orale, mais le développement de compétences cognitives et académiques dans les deux langues ! Pour disposer d’une échelle commune pour décrire, enseigner et évaluer les compétences en langues, le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), propose une échelle commune de six niveaux de compétences :
- A1 : utilisateur élémentaire (débutant) : se présenter, poser des questions simples ;
- A2 : utilisateur élémentaire avancé : se poser des questions plus complexes ;
- B1 : utilisateur indépendant : raconter une expérience, exprimer son opinion ;
- B2 : utilisateur indépendant avancé : argumenter de façon structurée, comprendre des textes complexes ;
- C1 : utilisateur expérimenté : utiliser la langue avec aisance dans un contexte universitaire ou professionnel ;
- C2 : maîtrise proche de celle d’un locuteur très compétent : comprendre et produire des discours très élaborés avec finesse ;
Le CECRL ne mesure pas seulement la grammaire ou le vocabulaire. Il décrit les compétences dans la langue : compréhension orale et écrite, expression orale en interaction, expression orale en continu, expression écrite et médiation (expliquer, reformuler, traduire ou faciliter la compréhension entre personnes).
Les critères à prendre en compte pour évaluer la qualité d’un enseignement bilingue
Très utile pour fixer des objectifs linguistiques (par exemple viser le niveau B2 ou C1 en fin de scolarité), le CECRL n’a pas été conçu pour définir à lui seul les objectifs d’une section bilingue. Ces derniers relèvent du choix d’une équipe pédagogique de mettre les moyens efficaces au service d’un enseignement bilingue.
Quels sont alors les critères peuvant indiquer la qualité de l’offre bilingue d’un établissement ? En voici les principaux :
- La qualification des enseignants : L’enseignement bilingue est plus efficace lorsque les enseignants maîtrisent à la fois la matière et la langue d’enseignement. Il faut donc prendre en compte leur niveau linguistique, la présence de locuteurs natifs ou quasi natifs, leur formation en pédagogie bilingue. Un autre critère indicateur de qualité est la stabilité des enseignants au sein de l’établissement, gage de bonnes conditions d’enseignement.
- La part des disciplines enseignées dans la langue cible : Une simple augmentation des heures de langue ne suffit pas. Les programmes les plus solides enseignent certaines matières directement dans la langue cible : histoire-géographie, littérature, sciences, économie ou sciences sociales.
- La qualité du programme international : Pour une section internationale, il est utile de vérifier la reconnaissance officielle du programme, l’existence d’un parcours cohérent du primaire au lycée et les possibilités d’obtenir des diplômes ou mentions spécifiques. En France, par exemple, les anciennes sections internationales conduisaient à l’Option Internationale du Baccalauréat (OIB), aujourd’hui remplacée par le Baccalauréat Français International (BFI).
- Les résultats académiques globaux : Une bonne section bilingue doit maintenir un niveau académique élevé dans toutes les matières. Il faut alors vérifier le taux de réussite aux examens, les résultats en mathématiques et sciences, l’accès à l’enseignement supérieur, les universités d’admission.
- L’ouverture internationale : Échanges scolaires, partenariats avec des établissements étrangers, projets internationaux, diversité culturelle des élèves… sont autant de moyens qui permettent de mieux apprendre la langue qui est utilisée dans un contexte authentique.
- La taille et la composition des classes : Des classes moins chargées permettent davantage de prise de parole, un suivi individualisé et une progression plus rapide dans les deux langues.
- Les ressources pédagogiques : Bibliothèques dans les deux langues, littérature jeunesse et classique, médias internationaux, outils numériques adaptés sont de riches ressources pour une instruction bilingue.
- Le climat scolaire et l’identité bilingue : Les meilleures sections ne considèrent pas la deuxième langue comme une matière supplémentaire. On observe souvent un affichage bilingue, des événements culturels, du théâtre, des débats ou un journal scolaire dans les deux langues et l’usage naturel des deux langues dans la vie de l’établissement.
- L’expérience des anciens élèves : Leur capacité à étudier dans différents pays et leurs parcours professionnels sont de précieux indicateurs du niveau de l’offre bilingue d’un établissement.
Le bilinguisme, ADN du Lycée La Jonchère
Même s’il ne se revendique pas comme école bilingue, le Lycée La Jonchère a toujours inscrit l’apprentissage soutenu des langues dans son ADN. Plusieurs enseignants locuteurs natifs anglophones exercent au sein de l’établissement, facilitant les échanges spontanés en anglais avec les élèves, en cours et hors cours. Parmi les élèves, certains ont vécu dans des pays étrangers et ont une culture anglophone qu’ils partagent naturellement avec leurs pairs. Les petits effectifs de l’établissement facilitent par ailleurs la transmission de la langue, par la prise de parole, le suivi individualisé, la gamification… Les voyages scolaires organisés à l’étranger ouvrent les horizons sur des cultures étrangères et encouragent la pratique de l’anglais notamment. Car pour le Lycée La Jonchère, les échanges scolaires internationaux ne peuvent qu’être bénéfiques pour tous. Mû par cette conviction, le Lycée a décidé d’ouvrir une section bilingue dès la rentrée de septembre 2026 avec la création d’une classe de 6e bilingue : toutes les matières, à l’exception du français et d’une partie des mathématiques, seront enseignées en anglais par des enseignants anglophones…
Sources :
(1) Ministère de l’Éducation nationale. « Les sections européennes ou de langues orientales en lycée ».
(2) Eduscol. « Les sections européennes ou de langues orientales (SELO) et les disciplines non linguistiques (DNL) hors SELO ».
(3) Ministère de l’Éducation nationale. « Circulaire relative à l’enseignement des langues et cultures régionales »
(4) Language, Power and Pedagogy: Bilingual Children in the Crossfire, Jim Cummins, 2000.

