Réseaux sociaux : les impacts sur les moins de 15 ans, prévention et interdiction
Selon le baromètre des jeunes et du numérique 2025(1), plus de 90 % des adolescents âgés de 13 à 17 ans déclarent utiliser régulièrement les réseaux sociaux. Mais le plus préoccupant est que l’accès aux plateformes – Instagram, Snapchat, TikTok en tête – est de plus en plus précoce : un cinquième des enfants de 11 ans révèlent les avoir consultés avant leur onzième anniversaire, là où ceux âgés de 17 ans, ne sont que 4 % dans ce cas, selon une étude de l’Arcom(2). Une situation préoccupante au vu des impacts possibles des contenus sur leur santé mentale.
Champions du scrolling, les jeunes passent en moyenne 3 heures par jour(3) sur les réseaux, s’exposant parfois à des risques pour leur santé mentale. Les chiffres font froid dans le dos : une étude récente de l’AP-HP et de « Public Library of Science medecine » ( PLOS Medicine)(4) révèle « qu’un usage excessif des réseaux sociaux serait associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression et de 799 décès par suicide supplémentaires chez les jeunes nés entre 1990 et 2012, en France ». Comment s’explique l’influence si forte des algorithmes sur la santé mentale des adolescents ? Quelles alertes et quelles mesures ont été prises pour protéger les moins de 15 ans des réseaux sociaux ?
Le mode opératoire des réseaux pour influencer les jeunes adolescents
L’attention des utilisateurs est une ressource centrale pour les plateformes numériques : plus elles captent cette attention – et le plus longtemps possible – plus elles peuvent générer des revenus, collecter des données et renforcer leur position par rapport à leurs concurrents. Les algorithmes des réseaux sociaux sont donc conçus pour que chacun passe le maximum de temps sur leur plateforme. Les jeunes en font bien sûr les frais, puisque, pour les attirer et les fidéliser, plusieurs stratégies sont à l’œuvre :
- La publication de contenus « choc », pour susciter plus de réactions (likes, commentaires, partages) : des contenus négatifs, anxiogènes, et dramatiques génèrent plus d’intérêt : la machine à émotions négatives est lancée, et les jeunes y sont exposés plus fréquemment avec pour conséquence l’augmentation de l’anxiété, du stress ou d’un sentiment d’insécurité.
- L’effet spiral des contenus : plus un jeune consulte et interagit avec un certain type de contenu (par exemple sur l’apparence physique, la tristesse ou la solitude), plus l’algorithme lui en proposera. De ce fait, une « bulle de recommandation » se met en place qui aura pour effet de renforcer son état émotionnel négatif.
- L’accroissement de la comparaison sociale : les algorithmes mettent souvent en avant des contenus très valorisés ou idéalisés (apparence, succès, popularité). Chez les adolescents, en pleine construction identitaire, cela favorise la comparaison, la baisse de l’estime de soi, un sentiment de ne pas être « à la hauteur » ou de ne pas « en être » le fameux FOMO (« Fear of Missing Out »).
- La « bulle de recommandation » est optimisée pour maintenir l’utilisateur actif le plus longtemps possible avec un défilement infini, des notifications, des suggestions. Tout le temps passé par les jeunes sur l’écran réduit d’autant son temps de sommeil et augmente les risques d’isolement et de fatigue mentale.
- Le système de recommandation a d’autres effets dangereux car il peut proposer des contenus violents : cyberharcèlement (moqueries ou vidéos humiliantes sur une personne), violence sexuelle, contenus liés aux troubles alimentaires et à l’automutilation… Les effets potentiels néfastes des algorithmes ont été mis en lumière notamment en 2024. Cette année-là, 7 familles françaises ont assigné TikTok(5) en justice, accusant l’application d’avoir exposé des mineurs à des contenus dangereux. Une première en France !
Face aux risques pour les jeunes, la majorité numérique retardée à 15 ans
Dans l’usage, tous les réseaux sociaux doivent exiger l’âge de 13 ans pour créer un compte. En 2000, la loi américaine appelée « Children’s Online Privacy Protection Act (COPPA) » avait en effet interdit aux sites internet de collecter les données personnelles des enfants de moins de 13 ans sans l’accord de leurs parents.
Mais les premières alertes médiatiques et les débats sur le temps passé sur les écrans par les jeunes en 2022 et 2023, suivies des actions judiciaires par des familles françaises contre TikTok en 2024(5) vont faire accélérer la réglementation. Depuis 2023, une loi française impose qu’un mineur de moins de 15 ans ne peut pas s’inscrire ou utiliser un réseau social sans l’accord explicite d’un parent ou d’un tuteur légal. Les réseaux sociaux doivent vérifier l’âge des utilisateurs et s’assurer que la permission parentale a bien été obtenue. Si ce n’est pas le cas, ils risquent des sanctions importantes (amendes pouvant aller jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires mondial).
En Janvier 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publie un rapport concluant que l’usage des réseaux sociaux nuit à la santé mentale des adolescents (sommeil, estime de soi, cyberviolences), renforçant les arguments en faveur de règles plus strictes. En début d’année 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Si le texte devient loi après passage au Sénat et publication officielle :
- les moins de 15 ans ne pourront plus accéder à aucun réseau social (donc pas seulement sans consentement parental) ;
- les plateformes devront mettre en place des mécanismes sérieux de vérification d’âge pour faire appliquer cette règle ;
- l’entrée en vigueur est visée pour la rentrée 2026 (automne), avec une application progressive.
L’accès au portable interdit en milieu scolaire
Le téléphone portable est interdit dans l’enseignement primaire et au collège depuis la loi du 3 août 2018. L’article L. 511-5 du Code de l’éducation pose le principe de l’interdiction « de l’utilisation des téléphones portables et de tout autre équipement terminal de communications électroniques (tablette ou montre connectée, par exemple » à l’école et au collège. Il précise également que cette interdiction peut être étendue aux lycées, sous réserve de la modification de leur règlement intérieur. Il prévoit la possibilité de confisquer l’appareil dès lors que les modalités en sont précisées dans le règlement intérieur.
Aujourd’hui, dans la majorité des collèges, les élèves doivent :
– garder leur téléphone éteint
– le laisser dans leur sac
– ou le déposer dans un casier selon les établissements
Ces mesures vont être en principe étendues à tous les lycées à la rentrée 2026. À chaque établissement, ensuite, de prendre les mesures d’interdiction et d’appliquer les modalités de l’interdiction à travers son règlement intérieur ». Des exceptions sont possibles :
– pour des usages pédagogiques (si l’enseignant l’autorise)
– pour les élèves en situation de handicap
– dans des cas prévus par le règlement intérieur
Les effets positifs des réseaux lorsque leur usage est équilibré et modéré
L’étude de l’Arcom(2) de 2025 est intéressante car elle indique que 83 % des jeunes utilisateurs ont conscience qu’ils sont exposés à des risques lorsqu’ils sont sur les réseaux. Encore plus intéressant : 53 % d’entre eux souhaitent davantage d’accompagnement et de régulation soit de leur famille soit des institutions. Eux-mêmes pressentent que l’accès à certains contenus et que les pratiques de certaines plateformes ne sont pas justes. La majorité des jeunes déclarent se connecter à des plateformes qui ne vérifient pas leur âge ou ne bloquent pas les contenus subversifs. Seulement 18 % d’entre eux rapportent avoir dû prouver leur âge ou avoir été bloqués… C’est dire le chemin qu’il reste à faire pour instaurer des règles plus sécurisantes et saines. D’ailleurs, lorsque c’est le cas, les réseaux présentent des points positifs :
– ils permettent l’accès à l’information et aux connaissances : les réseaux sociaux donnent un accès rapide à une grande variété de contenus éducatifs : vulgarisation scientifique, informations sur la santé, contenus pédagogiques, actualité et débats.
– ils favorisent l’expression personnelle et la créativité. Les plateformes offrent des espaces où les jeunes peuvent partager leurs idées, publier des photos, des vidéos ou des créations artistiques, et développer des compétences numériques.
– ils confortent un sentiment d’appartenance : les réseaux sociaux peuvent aider certains jeunes à trouver des communautés partageant les mêmes centres d’intérêt ou les mêmes expériences. Cela peut être particulièrement utile pour des jeunes vivant des situations difficiles, ceux qui se sentent isolés dans leur environnement, ou ceux appartenant à des minorités.
On peut donc reconnaître que ce ne sont pas les réseaux sociaux en eux-mêmes qui posent problème, mais leur usage excessif, passif ou négatif. Faisant désormais partie intégrante de la vie de nos jeunes, les réseaux doivent être toutefois utilisés avec l’aide et le contrôle des adultes. Voici quelques conseils pratiques :
– inciter les jeunes à limiter leur temps d’écran, à prendre des pauses et à pratiquer une activité physique régulière ;
– les inviter à réfléchir avant de publier du contenu en ligne et à protéger leur vie privée en utilisant les paramètres de confidentialité ;
– et toujours les sensibiliser aux risques tels que la cyberintimidation, le harcèlement en ligne, le vol d’identité…
Au Lycée La Jonchère, l’accès aux réseaux sociaux interdit dans le cadre scolaire
Dans le cadre du projet de qualité et hygiène de vie à l’école du Lycée La Jonchère, les élèves sont systématiquement éloignés de leur smartphone au quotidien. Les moyens ont été mis en œuvre pour leur permettre de ranger leur téléphone, dès leur arrivée à 9 heures, dans des casiers sécurisés. L’expérience est très concluante car aucun élève, de la sixième à la terminale, ne réclame son portable pendant les cours, ni même pendant les pauses. « Libérés » de leur « extension » d’eux-mêmes, les élèves s’ouvrent aux autres. Il est notable de constater que les interactions sont très riches, quel que soit l’âge : des élèves de 6e sont intégrés dans des groupes d’élèves plus âgés par exemple.
À l’heure des pauses, les élèves sortent ou jouent ensemble à l’intérieur des locaux. Cet éloignement de leur smartphone est bénéfique et montre qu’ils s’adaptent sans aucune difficulté. L’engagement du Lycée La Jonchère en la matière est exemplaire.
(1) Injep. «Les chiffres clés de la jeunesse 2025 »
(2) Arcom. « Mineurs et internet : l’Arcom présente ses priorités en matière de régulation des plateformes numériques, afin de faire d’internet un lieu plus sûr pour les enfants et les adolescents », 25/09/2025.
(3) Médiamétrie. « Les 15-24 ans : des pratiques médias intensives, individuelles et connectées », 2024.
(4) PLOS medecine. « Impact of excessive social media use on adolescent depression and its consequences in France: an individual-based microsimulation model », 21/10/2025. Étude portant sur 18,6 millions d’adolescents. français nés entre 1990 et 2012, en suivant les issues liées à la dépression de 2000 à 2022 (analyses réalisées d’août 2024 à juillet 2025).
(5) « Sept familles françaises annoncent assigner TikTok en justice après des suicides d’adolescentes », Le Monde, 4/11/2024.

