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La lecture, un plaisir oublié : comment donner aux ados l’envie de lire ?

Posté le : 16 Oct 2026 - Temps de lecture estimé : 10 minutes

Vous vous désespérez de voir vos adolescents passer du temps sur leur smartphone plutôt que plongés dans un bon livre  ?  Comment leur donner envie de découvrir un ou deux auteurs, sans toutefois les forcer…?  On vous transmet quelques clés pour réussir l’exploit !

 

« Je déclare qu’après tout, il n’y a pas de plaisir qui vaille la lecture ! » Cette phrase, prononcée par  un personnage d’Orgueil et préjugés de Jane Austen illustre l’esprit vif, passionné et entier de son autrice. Cette dernière affirme donc que la lecture est le plus grand plaisir, supérieur aux autres divertissements  et que lire procure une satisfaction intellectuelle, émotionnelle et durable que peu d’autres activités égalent. Les jeunes Français sont-ils d’accord avec cette affirmation si radicale ? D’après une étude du Centre national du livre (CNL) et Ipsos d’avril 2026(1), plus d’un tiers des 16-19 ans restent nombreux à ne pas lire du tout…Si l’on détaille les résultats, de cette étude on constate que :

  • La majorité des jeunes déclarent encore lire, mais la fréquence diminue fortement à l’adolescence, surtout entre 16 et 19 ans ;
  • Les garçons lisent moins que les filles à partir du collège ;
  • Le temps passé sur les écrans concurrence fortement le temps consacré à la lecture ;

Toutefois, l’acte de lire ne se perd pas puisque l’étude révèle que les mangas, les bandes dessinées, les romans fantaisie et les romances sont des genres appréciés des adolescents !  

Au collège, les programmes indiquent des genres, des thèmes et des périodes à étudier (contes, récits d’aventure, théâtre, poésie, etc.) et les enseignants ou les équipes pédagogiques choisissent les œuvres intégrales ou les extraits à étudier. Ainsi, une classe de quatrième pourra étudier Le Cid, tandis qu’une autre choisira Antigone ou un autre correspondant aux objectifs du programme. Le brevet ne repose pas sur une liste officielle d’œuvres à connaître. En seconde, il n’existe pas non plus de liste nationale d’œuvres obligatoires. Les enseignants disposent d’une certaine liberté pour constituer leur corpus. C’est en classe de Première que tout change. Le programme repose sur quatre objets d’étude :

  1. La poésie du XIXᵉ au XXIᵉ siècle ;
  2. La littérature d’idées du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle ;
  3. Le roman et le récit du Moyen-Âge au XXIᵉ siècle ;
  4. Le théâtre du XVIIᵉ au XXIᵉ siècle.

Pour chacun de ces objets d’étude, le ministère de l’Éducation Nationale propose trois œuvres. Les enseignants de français en choisissent une seule pour leur classe. Les élèves étudient donc quatre œuvres intégrales au cours de l’année, une par objet d’étude. En plus des œuvres intégrales, les élèves doivent effectuer des lectures cursives. Il s’agit de livres lus de manière plus autonome, en lien avec les thèmes étudiés. Elles peuvent être proposées par le professeur ou choisies parmi une sélection, et elles servent à enrichir la culture littéraire des élèves sans faire nécessairement l’objet d’une étude aussi approfondie. La question qui se pose est alors de savoir si on peut transmettre le goût de la lecture lorsque les œuvres sont choisies pour leur valeur patrimoniale et leur intérêt pour les examens.

Pourquoi les œuvres étudiées à l’école n’ont pas la cote

Des chercheurs en didactique de la littérature distinguent la lecture-plaisir de la lecture scolaire, qui, toutes deux, mobilisent des attentes différentes. Lorsque la lecture est principalement instrumentale (« lire pour réussir un examen »), la motivation intrinsèque tend à diminuer. C’est la théorie de l’autodétermination (TAD) des psychologues américains Edward Deci et Richard Ryan qui distinguent :

–   La motivation intrinsèque : lire parce que l’activité procure du plaisir ou de l’intérêt.

–   La motivation extrinsèque : lire pour obtenir une récompense, une note, éviter une sanction ou atteindre un objectif externe.

En milieu scolaire, les contraintes externes fortes réduisent ainsi la motivation intrinsèque pour plusieurs raisons :

–       Les lectures sont associées à une évaluation : le  livre n’est plus seulement une histoire choisie, il devient un objet d’analyse et de notation. Les adolescents savent qu’ils devront relever des procédés stylistiques, mémoriser des citations, préparer un commentaire ou une dissertation, et être évalués.

–       Les œuvres sont éloignées de leur univers :  le programme du français privilégie souvent des œuvres patrimoniales. Elles présentent des qualités littéraires reconnues, mais peuvent être exigeantes : langue ancienne ou soutenue, références historiques ou culturelles peu familières…

–       Le rythme narratif est différent de celui auquel les jeunes d’aujourd’hui sont habitués.

Cela ne signifie pas que les adolescents sont incapables d’apprécier ces textes, mais qu’ils ont souvent besoin d’un accompagnement important pour y entrer.

Les loisirs et lectures des adolescents ont évolué

–       Les pratiques de lecture des adolescents ont changé. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes lisent des mangas, de la fantasy, de la romance et des romans issus de recommandations sur les réseaux sociaux. Ces lectures sont souvent rapides, sérielles et fortement centrées sur l’identification aux personnages. Elles répondent à des attentes différentes de celles que proposent des œuvres classiques. Cela ne signifie pas qu’elles sont incompatibles : plusieurs études montrent qu’un adolescent lecteur de mangas ou de fantasy peut aussi apprécier Le Rouge et le Noir ou Phèdre, à condition que la médiation soit réussie.

–       Le temps de lecture est en concurrence avec d’autres activités : parents et enseignants constatent, de fait, que le temps disponible des jeunes est fortement partagé entre les réseaux sociaux, les vidéos, les jeux, et les échanges en ligne. Face à ces formats très stimulants et interactifs, un roman de 300 pages demande, certes, un investissement personnel plus important de leur part…

Dynamiser les lectures obligatoires

En ce qui concerne l’école, il est très intéressant de noter que, selon les chercheurs, l’intérêt pour la lecture dépend moins des œuvres elles-mêmes que de la manière dont elles sont abordées en classe et de la place laissée à l’interprétation personnelle. Autrement dit, ce qui favorise l’engagement est moins le choix du livre que la méthode pédagogique : questions ouvertes, confrontation des interprétations, débats autour du texte. Ce serait donc moins le choix des classiques qui serait responsable du désamour de la lecture mais la façon dont ces derniers sont transmis, éclairés, expliqués et comment les enseignants donnent envie de les comprendre ! Les adolescents ne rejettent donc pas les classiques en bloc et peuvent apprécier des œuvres exigeantes lorsque :

–   le contexte historique est rendu vivant ;

–   ils peuvent débattre de thèmes qui les concernent (justice, amour, liberté, pouvoir, identité) ;

–   la lecture est moins centrée sur le repérage des figures de style ;

–   ils disposent d’une marge de choix ou de comparaison avec des œuvres contemporaines ;

–       ils sont renvoyés à des œuvres complémentaires éclairantes sur l’œuvre étudiée (films, pièces de théâtre, documentaires…). Sachez que Jane Austeen est devenue la star de TikTok à travers des adaptations cinématographiques de son œuvre. Idem pour la série Normal People, qui passionne toute une génération et donne envie de découvrir le roman initial de Sally Rooney ou du Comte de Monte-Cristo dont le triomphe a ouvert les yeux des jeunes lecteurs sur l’œuvre d’Alexandre Dumas.

Doper la motivation intrinsèque pour les lectures personnelles

Laisser une vraie liberté de choix

C’est l’un des facteurs les plus importants car les adolescents lisent davantage lorsqu’ils peuvent choisir ce qui les attire, sans se sentir jugés par les adultes. Que ce soient des romans, des mangas, des bandes dessinées, de la science-fiction, des romans graphiques… Tout est valable, pourvu que cela les passionne !  Commencer par des  romans à l’eau de rose peut mener à la curiosité pour de la littérature romantique… pourquoi pas ? L’objectif est de faire naître une habitude de lecture avant de chercher à élargir les horizons ! Et les considérer comme des « sous-lectures » peut décourager des adolescents qui lisent pourtant régulièrement.

Partir de leurs centres d’intérêt

Un jeune passionné de sport, de musique, de jeux vidéo, de sciences ou d’histoire trouvera plus facilement un livre qui lui parle si l’on part de ce qu’il aime déjà. La question n’est pas : « Quel classique dois-tu lire ? », mais plutôt : « Qu’est-ce qui te passionne ? »

Créer un climat où l’on parle des livres

Les jeunes lisent davantage lorsqu’ils voient des adultes lire et lorsqu’ils peuvent échanger sur leurs lectures sans être évalués. Un livre devient plus attirant lorsqu’il suscite une conversation !

Utiliser les recommandations entre adolescents

Ces derniers accordent souvent beaucoup de valeur aux conseils de leurs amis, de créateurs de contenu ou de communautés de lecteurs. Le succès de certaines œuvres sur les réseaux sociaux montre que le bouche-à-oreille peut être un puissant moteur de lecture.

–       Lire ensemble : partager la lecture d’un passage à voix haute, écouter un livre audio en classe ou discuter d’un chapitre peut réduire l’impression qu’un livre est une activité solitaire et imposée.

–       Trouver des thèmes actuels : une autre idée à retenir est d’aider les jeunes à s’approprier les thèmes, problématiques qui les concernent directement : le féminisme, l’inclusivité, la famille, l’environnement, les conflits… Les autobiographies sont de bons moyens de se projeter dans ce genre de lecture passionnante comme Le Journal d’Anne Franck ou de Persépolis de Marjane Saptrapi ou No et moi de Delphine de Vigan.

La lecture au Lycée La Jonchère

En voyant certains élèves du Lycée La Jonchère installés confortablement sur les poufs ou dans le grand fauteuil jaune de la bibliothèque, on peut constater que certains aiment naturellement lire. Au Lycée La Jonchère, un coin lecture est aménagé et accessible à tous. Les élèves l’utilisent surtout pendant les pauses ou lorsqu’ils souhaitent s’isoler du groupe. En dehors des cours, les enseignants s’intéressent aux lectures de leurs élèves, sans porter de jugement, et prennent le temps d’échanger avec eux sur les histoires qu’ils lisent, leurs impressions et leurs critiques. Ces échanges peuvent également éveiller la curiosité d’autres élèves qui lisent peu ou pas du tout et susciter l’envie de découvrir le plaisir de la lecture. L’intérêt pour les livres est aussi encouragé par le développement des soft-skills., notamment par le coaching d’art oratoire et la lecture expressive à voix haute.

Références :

  1.     IPSOS. « Entre écrans et livres, la lecture en quête de place chez les jeunes ? », 14/04/2026.
  1. Centre national du livre (France) : Les jeunes Français et la lecture en 2026.
  2. Pirls : Progress in International Reading Literacy Study : compréhension de la lecture chez les élèves plus jeunes (CM1 dans de nombreux pays), utile pour comprendre les trajectoires qui se prolongent à l’adolescence, 2023.

Article rédigé par Frédérique Disant