Pédagogies alternatives : 14 grands courants de l’éducation alternative, de Montessori aux Forest Schools
En France en 2025, l’éducation alternative n’est pas monolithique : elle est très diverse, avec des pédagogies bien établies (Montessori, Freinet, Steiner) mais aussi des approches plus récentes (l’omniagogie, l’école dehors ) ou des modèles très libres comme l’éducation démocratique. Les écoles alternatives continuent à évoluer, souvent en hybridant plusieurs courants pour s’adapter aux besoins contemporains. En France en 2025, l’éducation alternative connaît un développement notable avec 2614 écoles libres en activité. Voici une présentation de ces sciences de l’éducation pour apprendre autrement.
Retour sur ces 14 courants de l’éducation alternative en 2025 : des plus connus aux plus novateurs.
Sommaire
- Les 2 fondamentaux communs : Pédagogie active et bienveillante
- Les 7 courants de pédagogies alternatives classiques : Pédagogie Montessori, Freinet, Steiner-Waldorf, Reggio-Emilia, Pikler-Loczy, Decroly & Arrowsmith
- Les 5 nouvelles approches pédagogiques en 2025 : omniagogie, école dehors, Design Thinking, PBL/IBL et pédagogie coopérative
- L’approche innovante du lycée La Jonchère
Bon à savoir sur les pédagogies alternatives :
- 2 pédagogies sont communes à tous les courants alternatifs : la pédagogie active et la pédagogie bienveillante (SEL – Social Emotional Learning)
- 7 grands courants pédagogiques alternatifs sont considérés comme des classiques en Europe : Montessori, Freinet, Steiner-Waldorf, Reggio-Emilia, Pikler-Loczy, Decroly et Arrowsmith.
- 5 nouveaux courants éducatifs alternatifs très innovants ont vu le jour (souvent aux États-Unis) et ne sont pas encore très popularisés en France : l’omniagogie, l’école dehors, le “Design Thinking”, l’apprentissage par projet (PBL) et par enquête (IBL) ainsi que la pédagogie coopérative (dont l’exemple le plus connu est la classe inversée)
- Le lycée alternatif français La Jonchère (78) s’inspire de nombreuses de ces approches alternatives pour la construction de son projet pédagogique innovant pour vos enfants.
Les 2 fondamentaux communs aux différentes pédagogies alternatives
La pédagogie active : l’enfant est moteur de ses apprentissages
La pédagogie active est le socle commun aux modèles de pédagogies alternatives. Elle part du principe que l’enfant est moteur de son éducation et de ses apprentissages grâce à ses compétences innées. La pédagogie active préconise que l’enfant construise lui-même ses savoirs en se mettant dans une posture d’expérimentation et de recherche. Il est par conséquent actif et non passif dans son parcours scolaire.
Contrairement aux principes de la pédagogie traditionnelle, la pédagogie active considère que ce n’est pas l’adulte seul qui détient le savoir : l’enseignant est plutôt un facilitateur et un médiateur dans l’acquisition des connaissances par l’enfant et dans son épanouissement dans le groupe.
La pédagogie bienveillante : l’enfant s’épanouit dans ses apprentissages
Née de la psychologie positive, cette pédagogie se fait connaître dans les années 2010-2020 à la suite du constat d’une dégradation de la santé mentale des élèves (Carol Dweck, Martin Seligman). La pédagogie alternative bienveillante prône le respect de l’enfant en tant qu’être humain à part entière : chacun naît avec ses propres compétences, qualités, goûts. Le cadre scolaire doit ensuite se mettre au service de l’enfant pour épanouir ces compétences de manière naturelle, dans la confiance et sans contrainte.
Irriguant toutes les approches pédagogiques alternatives, la notion de bienveillance est aujourd’hui présentée comme un cadre intellectuel, émotionnel et matériel scolaire propice aux apprentissages. Elle est inscrite dans la Loi de refondation de l’école de 2013 et dans ce cadre, est considérée comme l’un des fondamentaux de la pédagogie classique.
Cette pédagogie a désormais un autre nom : l’éducation socio-émotionnelle (Social-Emotional Learning ou SEL). En instaurant un climat scolaire basé sur la confiance et l’écoute, les élèves apprennent des compétences psychosociales clés comme la collaboration, l’empathie et la gestion des émotions grâce à des projets de communauté scolaire. Les résultats sont positifs : moins d’anxiété scolaire, moins de conflits, meilleure concentration et de meilleures chances de réussite scolaire sur le long terme. Aux États-Unis, le programme CASEL (Collaborative for Academic, Social, and Emotional Learning) est entièrement basé sur la pédagogie bienveillante.
À la Jonchère, nous nous inspirons de la pédagogie SEL avec un programme de mentorat entre élèves.
Les 7 courants pédagogiques alternatifs établis depuis un siècle
Pédagogie Montessori : l’autonomie de l’élève soutenue par l’enseignant
Maria Montessori est une psychiatre et anthropologue italienne du début du XXe siècle. Son travail auprès d’enfants d’une clinique psychiatrique la mène sur le chemin de l’éducation alternative. Partant du constat que l’enfant est tout à fait compétent pour apprendre seul, elle préconise un environnement et des outils éducatifs qui encouragent et développent ce potentiel d’apprentissage dans toutes ses dimensions : physique, intellectuelle, émotionnelle, sensorielle, sociale… Pour Maria Montessori, « la fonction du milieu n’est pas de former l’enfant mais de lui permettre de se révéler. »
L’approche de Maria Montessori est basée sur la pédagogie positive : pour elle, l’enfant sera d’autant plus compétent qu’il apprendra et se développera dans un environnement bienveillant qui conforte son estime de soi.
Validée par les neurosciences, cette approche s’est traduite par l’offre d’outils pédagogiques stimulant la motivation et l’intelligence de l’enfant. Dans les écoles Montessori, rien n’est imposé !
Pédagogie Freinet : coopération entre l’élève et l’enseignant comme moteur
Célestin et Elise Freinet, instituteurs et pédagogues français du début du XXe siècle sont les chantres de l’expression libre de l’enfant. Dans la pensée de la pédagogie Freinet, l’enfant est un être créatif qui a besoin d’un cadre pour épanouir ses compétences naturelles. Pour ces pédagogues, l’apprentissage doit être totalement dépourvu de contraintes. Comme l’écrit Célestin Freinet « nul n’aime se voir contraint à faire un certain travail […] C’est la contrainte qui est paralysante». L’enfant a besoin de l’adulte que comme un facilitateur de son développement et non pas, comme dans l’école traditionnelle, d’une autorité.
Ce principe repose sur l’idée de coopération entre élèves et maître, et inter-élèves. Les principes démocratiques et les valeurs de non-violence sont essentiels pour créer des conditions propices à l’apprentissage.
Le Mouvement de l’école moderne rassemble aujourd’hui l’ensemble des enseignants qui suivent la pédagogie Freinet. Ce mouvement est représenté en France par l’Institut coopératif de l’école moderne (ICEM).
La pédagogie Steiner-Waldorf : encourager la curiosité et la créativité de l’élève
Rudolf Steiner est le fondateur de l’anthroposophie, pensée spirituelle sur laquelle il va baser ses principes d’éducation alternative. Ce penseur autrichien considère que l’enfant est un être en perpétuel mouvement de croissance et d’éveil. Ce mouvement naturel est découpé en trois phases : jusqu’à 7 ans, de 7 à 14 ans et de 15 à 18 ans. L’enseignant préconise, dans chaque phase, un cadre rassurant pour encourager la curiosité et l’ouverture au monde. Ensuite, l’enfant s’épanouit, expérimente et apprend à son propre rythme à l’intérieur de ce cadre.
Dans la pédagogie Steiner-Waldorf, c’est donc le rythme qui fait office d’autorité naturelle : dans chaque cycle, les activités dirigées et les activités de jeux libres s’alternent. Cette alternance donne des repères aux enfants, il structure leur développement.
La pédagogie Reggio-Emilia : favoriser l’expression par le jeu, les gestes, les sons, les arts…
La pédagogie Reggio-Emilia a été développée dans les années 50 par Loris Malaguzzi, enseignant pédagogue italien, dans la province italienne du même nom. Selon la pédagogie Reggio, ce sont les « cent langages » de l’enfant qui stimulent sa curiosité et développent son potentiel de créativité : mots, images, jeux, peinture, dessin, observation… L’adulte propose, l’enfant dispose. Cette approche est facilitée par l’aménagement d’espaces scolaires distincts : espaces de création, de repos, de dialogue, de jeux, d’expérimentations…
Dans cette pédagogie alternative, les adultes, enseignants et parents inclus, sont invités à créer un environnement social et physique bienveillant, propice à l’épanouissement et au bien-être de l’enfant.
La pédagogie Pikler-Loczy : le respect de l'activité motrice et des initiatives de l’élève
Emmi Pikler, pédiatre hongroise, a développé dans les années 50 les concepts de motricité libre et d’activité autonome : dès bébé, l’enfant peut se construire à son rythme, tout seul, à condition qu’il bénéficie d’une relation affective et bienveillante d’un adulte de référence.
Ayant ouvert des structures de petite enfance à Loczy en Hongrie, Emmi Pikler a démontré l’importance de la qualité de cet accompagnement pour le développement de l’enfant dans une structure collective : plus qu’un accompagnement, il s’agit de créer un véritable attachement avec l’enfant. Ce lien est essentiel pour que l’enfant développe sa sécurité affective et le conforte dans l’évolution vers son autonomie.
La pédagogie Decroly : s’appuyer sur les centres d’intérêts naturels de l'enfant
Ovide Decroly, pédagogue et psychologue belge des années 30, est le fondateur de la méthode globale d’apprentissage. On retrouve dans cette pédagogie alternative l’idée que l’école n’est pas seulement un lieu de transmission de savoirs mais un lieu de développement de l’enfant comme individu et comme être social. La pédagogie Decroly préconise que l’école doit soutenir l’enfant à développer sa personnalité et s’adapter à la société. Cette pédagogie active pose aussi le principe que les goûts et compétences innées de l’enfant sont un moteur puissant pour ses apprentissages.
La méthode globale recommandée par la pédagogie Decroly se construit sur la base concrète de recherches personnelles ou en groupes, de l’usage de cahiers et de panneaux muraux plutôt que des manuels scolaires, de création de pièces de théâtre, de découvertes de son environnement puis du monde…
La pédagogie Arrowsmith : miser sur la neuroplasticité des enfants
Barbara Arrowsmith Young a développé sa pédagogie alternative au Canada dans les années 80. La pédagogie Arrowsmith repose sur un programme d’exercices cognitifs spécifiques destiné aux enfants souffrant de troubles de l’apprentissage : difficultés pour la lecture, l’écriture, les mathématiques, la mémorisation, la compréhension, dyslexie, hyperactivité, déficit de l’attention…
Selon son approche, les aires du cerveau réservées aux fonctions cognitives peuvent être remodelées et renforcées grâce à des exercices qui améliorent les capacités mentales et renforcent la faculté d’apprentissage.
Adoptant les principes de l’école positive, Barbara Arrowsmith préconise que son programme se déroule dans un environnement d’apprentissage solidaire et bienveillant qui développe l’estime de soi en même temps que l’acquisition des connaissances.
Les 5 courants éducatifs alternatifs plus récents
L’omniagogie : tout est source d’apprentissage
Développé en France par Philippe Gosselin, ingénieur pédagogique et formateur français, ce courant pédagogique de l’omniagogie est influencé par la philosophie du psychologue Carl Rogers et du pédagogue Paulo Freire. Le terme vient de omni (« tout, tous ») et agogie (« conduire, accompagner »).
L’idée exprimée par ce néologisme est que “tout éduque” : l’individu est formé par un ensemble de systèmes (famille, école, culture, médias, milieu social). Il s’agit d’une vision holistique de l’éducation dans laquelle l’apprenant est continuellement en interaction avec un multitude d’influences formatrices. Concrètement, cela doit se traduire par une ouverture globale sur le monde. Il n’y a pas d’école française qui se déclare “omniagogique” de façon officielle mais il existe des établissements scolaires alternatifs qui appliquent des principes très proches de ce concept : autonomie, environnement éduquant, co-éducation, travail en mode projet, apprentissage global.
L’école dehors : la nature comme source et cadre des enseignements
Le concept de “forest school” vient à l’origine du Danemark, la Suisse et le Royaume-Uni l’ont adopté, mais son introduction en France est plus récente et progressive. Il s’agit d’une approche pédagogique qui instaure l’essentiel de l’enseignement en plein air, dans la nature ou dans des environnements variés. Les élèves explorent, manipulent et expérimentent directement dans l’environnement naturel.
Les apprentissages sont concrets et sensoriels, plutôt que uniquement théoriques. Par exemple, observer un insecte permet de comprendre l’écosystème, construire un abri dans la forêt développe les compétences physiques et le travail collaboratif… Une carte de la “classe dehors” recense une trentaine de Forest schools en France.
La pédagogie “Design thinking” en éducation : faire pour apprendre
Le concept de “Design thinking” est attribué à l’économiste et sociologue Herbert Simon (1969) et au psychologue cognitiviste Donald Norman (1988) qui l’envisagent comme une résolution des problèmes de la vie réelle et par le fait de replacer les besoins des utilisateurs au centre des processus de conception. Elle se caractérise par son appui sur le concret, le pratique et l’empirique (et non plus le théorique).
Dans le cadre de l’éducation, ce courant se raccroche aux projets pédagogiques STEAM (Sciences, Technologie, Ingénierie, Arts, Mathématiques) en valorisant l’interdisciplinarité art-science. Les élèves y réalisent principalement des activités pratiques (TP de robotique, fabrication d’objets, prototypage). Cette approche pédagogique par la construction (make) a été popularisée dans les années 2010 avec la révolution Maker et le développement de laboratoires d’innovation dans les universités et le supérieur (MIT Media Lab).
→ Dans l’Eure, trois collèges se sont vus équiper de Fab Labs pour favoriser cette démarche d’apprentissage par la construction, une pratique Fab Lab qui reste encore minoritaire mais dont la démocratisation est favorablement reçue par les enseignants.
→ Dans le supérieur et les universités, des programmes d’incubateurs scolaires visent à favoriser le développement de start-ups étudiantes.
→ Des ateliers de robotique à destination des enfants (et du public scolaire) sont populaires aux États-Unis notamment dans les “Charter Schools”. En France, ils restent encore l’apanage des sorties et activités extra-scolaires (Cité de l’Espace).
Une approche innovante qui valorise l’échec comme étape cruciale de l’apprentissage, qui booste la créativité et l’esprit entrepreneurial chez les adolescents.
L’apprentissage par projet et par enquête (PBL, IBL)
Les pédagogies d’apprentissage par projet (“Project-Based Learning”) et par enquête (“Inquiry-Based Learning”) sont centrées sur l’élève.
Le PBL (méthode projet) consiste à faire travailler les élèves en équipe sur un défi concret et qui s’inscrit dans le temps long (plusieurs semaines) avec une composante interdisciplinaire : recherche d’informations, conception de solutions et présentation de leur travail. Donner du sens, engager l’élève, travailler sur la créativité et la persévérance : voici autant de points forts positifs de cette pédagogie qui contribue à sa popularité.
L’IBL (méthode enquête) se base sur un enseignement guidé et non pas magistral. Au lieu de donner des cours, les professeurs encouragent les élèves à tester leurs hypothèses et puis à tirer des conclusions suite à leur exploration. Cette approche IBL est particulièrement plébiscitée pour les enseignements scientifiques en école primaire notamment.
La classe inversée (“flipped classroom”) et la pédagogie collaborative
La classe inversée s’inscrit dans la lignée directe du courant de la pédagogie coopérative où les classes sont organisées en groupes d’élèves qui collaborent activement entre eux et avec leurs enseignants. Débats, ateliers parcours, conseils d’enfant : ce travail d’équipe et d’apprentissage par les pairs (peer-learning) favorise les compétences sociales et le développement de l’intelligence émotionnelle.
C’est quoi une classe inversée ? Très concrètement, dans l’école traditionnelle, l’élève repart avec ses devoirs à faire à la maison et suit ses cours en classe. Ici, c’est l’inverse. L’élève apprend son cours à la maison avec des supports adaptés et fait les exercices pratiques en classe pour pouvoir bénéficier de la collaboration avec ses pairs et ses enseignants (poser des questions, s’entraider…). La classe inversée est particulièrement populaire aux États-Unis et au Canada.
Au Lycée La Jonchère, une hybridation des différentes pédagogies alternatives
Au Lycée La Jonchère, presque toutes les pédagogies alternatives sont reprises pour viser un objectif majeur : l’épanouissement de chaque élève. Ainsi, les principes montessoriens de l’autonomie et de la responsabilité des élèves encouragés par leurs enseignants bienveillants y sont primordiaux.
À cela s’ajoutent le suivi personnalisé et l’adaptation des enseignants au rythme de chaque élève, supposant une coopération étroite entre eux. Cette proximité – loin de toute familiarité – contribue à créer un lien d’attachement qui développe la sécurité affective des élèves et leur confiance en eux. Pour preuve : le retour régulier des anciens bacheliers au sein de l’établissement et les rencontres sportives régulières entre élèves et enseignants !
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Sources :
Le Monde, « En inscrivant durablement la classe dehors dans le système éducatif, il s’agit de rendre effectif le droit des enfants à grandir au contact de la nature », article du 30/05/2025.
Blog Mines Paris. « Quand l’école fait le mur : la pédagogie de la classe dehors », article du 22/04/2025.

