Posté le : 14 Nov 2025
Posté le : 14 Nov 2025 - Temps de lecture estimé : 11 minutes

Les enjeux du smartphone au collège et lycée : interdiction, concentration, bien-être

Ils ont entre 12 et 17 ans et vivent « accros » à leur smartphone : un baromètre Crédoc (1) indique que 96 % de la génération Alpha possèdent un portable avec des temps de connexion quotidiens de plus en plus longs (entre 3 et 4 heures). 

Quels sont les risques de ces pratiques sur leur développement cognitif et sur leur santé physique et mentale ? Comment y remédier ? Quelles sont les mesures adoptées pour réduire l’accès et d’usage des smartphones à l’école ?

Bon à savoir sur les téléphones au collège lycée : 

  • Au vu des dangers des smartphones pour les adolescents, les experts recommandent de ne pas avoir de téléphone portable avec internet avant 11-13 ans et pas de réseaux sociaux avant 15 ans. 
  • Parmi les 8 enjeux de l’utilisation du portable par nos adolescents, on trouve : sensation d’addiction au scrolling, manque de sommeil, difficultés de concentration, anxiété, perte d’estime de soi, désociabilisation, attachement compulsif au téléphone, conséquences sur la santé physique, drainage mental. 
  • Le portable est interdit d’utilisation à l’école primaire et au collège depuis 2018 mais dans les faits, ils sont au moins 30 % des élèves à l’utiliser chaque jour malgré l’interdiction. Il n’y a pas d’interdiction à proprement parler au lycée. 
  • En 2025, le dispositif “Portable en Pause” vise à mettre à distance les téléphones des élèves pendant la journée d’école via les modalités mises à leur disposition par l’établissement scolaire. 

Sommaire

Un téléphone omniprésent pour les jeunes et les moins jeunes

En moins de 20 ans, le smartphone a tout remplacé : téléphone, appareil photo, GPS, lecteur de musique, agenda, console de jeux, ordinateur… Il s’impose dans nos vies comme une « extension de nous-mêmes ». Les réseaux sociaux ont aggravé notre dépendance à l’objet, et ceci est aussi vrai chez les 12-17 ans. Aujourd’hui, 76 % d’entre eux y publient des contenus presque tous les jours et scrollent  à tout va. Or, les études (2) alertent  sur les risques d’irréversibilité du processus d’attention si les enfants ont été trop exposés aux smartphones pendant les phases critiques de leur développement cérébral. Ces dangers ont été détaillés dans un rapport d’experts « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu » en avril 2024 qui recommande : « pas de téléphones portables avec internet avant 11-13 ans » et « pas de réseaux sociaux avant 15 ans ». 

Ce document a contribué  à la mise en place du dispositif « Portable en pause » dans les établissements scolaires français en septembre 2025.

Le scrolling : un usage chronophage et anxiogène

En tant qu’adulte, nous faisons l’expérience du scrolling quotidiennement. Ce geste est quasi automatique dans les transports, au lit, en pause, dans une salle d’attente… Faire défiler des contenus sans réfléchir occupe une grande partie de nos journées et de nos nuits. Nos enfants adoptent les mêmes habitudes avec cette sensation de ne pas pouvoir s’arrêter, un peu comme des joueurs de casino. 

Chez les jeunes, cette exposition au scrolling est d’autant plus délétère qu’ils sont à l’âge des apprentissages et qu’ils ont besoin de « temps de cerveau disponible » pour bien apprendre. Sans oublier que les heures de scrolling ôtent aux jeunes de précieuses heures de sommeil. Pour rappel, les adolescents de 12 à 17 ans ont des besoins physiologiques de 9h de sommeil par nuit pour être en forme. La fatigue et la « flemme » parfois chroniques des élèves proviennent bien souvent de leurs nuits écourtées par cette mauvaise habitude !  

Par ailleurs, une étude canadienne menée sur 580 adolescents de 12 à 17 ans (3) en 2025 a établi  que le scrolling passif  était fortement associé à « une plus grande anxiété et à davantage de difficultés émotionnelles et comportementales ». Cela peut facilement se comprendre lorsqu’on imagine les contenus violents auxquels ils peuvent être exposés sur les réseaux. 

Enfin, les jeunes peuvent être confrontés à la perte d’estime de soi lorsqu’ils comparent leur vie avec celle des autres qu’ils peuvent supposer plus belle, plus intéressante, plus excitante… Enfin, les risques de harcèlement sont amplifiés à travers les réseaux sociaux, que cela se passe à l’école ou en dehors de celle-ci.

Les notifications : des sollicitations qui fragmentent la concentration

Les notifications des smartphones captent notre attention en permanence. Ces sollicitations troublent et même réduisent les capacités de notre cerveau qui ne peut plus se focaliser sur autre chose. Une étude menée en 2016 sur 221 étudiants d’une université de Virginie aux États-Unis (4) a permis de montrer clairement le lien entre les interférences des alertes du smartphone et la capacité de concentration. 

Sans surprise, les résultats ont montré que les participants ont connu des niveaux significativement plus élevés « d’inattention et d’hyperactivité » lorsque les alertes de leur smartphone étaient activées. Les chercheurs ont également constaté que durant une semaine sans smartphone, les symptômes avaient régressé et la productivité était remontée.

Commentaires, messages et « likes » : un appauvrissement des interactions sociales

Le besoin de vérifier son impact sur les réseaux sociaux est fréquent. Ainsi, likes, commentaires et  interactions via les émoticônes procurent de délicieux sentiments de gratification, injectant dans notre cerveau des microdoses de dopamine. Outre ce phénomène addictif, les interactions sur les réseaux sociaux peuvent « déplacer les interactions réelles vers les interactions en ligne » (4). Le jeune se sent davantage en confiance derrière son écran que face à ses comparses IRL («in real life » comme disent les jeunes). 

Et même si on préfère passer du temps avec les amis en ligne, cela ne signifie pas pour autant que les compétences sociales sont meilleures, au contraire !  D’ailleurs, une étude publiée dans BMC Psychology en 2024 montre que chez les jeunes adultes de 18 à 25 ans, l’usage plus fréquent des médias sociaux peut être associé à davantage de solitude. 

Autre phénomène : la fuite cognitive (le « brain drain »)

Signifiant littéralement « drainage mental », le brain drain est une expression qui exprime le besoin irrépressible et compulsif du cerveau d’accéder et de consulter son smartphone, alors même qu’il est éteint. La simple présence du téléphone portable à proximité est donc source de déconcentration, même s’il est silencieux… 

D’ailleurs, les élèves français interrogés dans le cadre d’une étude de l’OCDE (5) sont 43 % à déclarer se sentir « nerveux ou anxieux » lorsque leur téléphone n’est pas à proximité. Cela traduit un attachement émotionnel à l’objet même qui procure un sentiment de réconfort, comme un objet transitionnel, de type doudou !

 

Des risques pour la santé physique : sédentarité, qualité de la vue et TMS

Au niveau physique, l’usage prolongé du smartphone favorise une position assise ou allongée prolongée, qui a un impact sur l’activité physique globale. Les conséquences possibles de l’usage intensif du téléphone portable sur la santé sont multiples : prise de poids ou risque accru d’obésité, augmentation du risque cardiovasculaire, fatigue visuelle (yeux secs, picotements, maux de tête), myopie, douleurs cervicales, dorsales et aux épaules liées à la flexion prolongée du cou, douleurs aux poignets et aux doigts du fait du scrolling fréquent (Troubles Musco-Squelettiques).

L’interdiction du portable en primaire et au collège depuis 2018

Si depuis septembre 2018  (article L511-5 du code de l’Éducation) « l’utilisation d’un téléphone mobile ou de tout autre équipement terminal de communications électroniques par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges », il n’est pas interdit d’en avoir un dans sa poche ou dans son cartable. Or, la seule présence de l’objet peut elle-même déconcentrer et distraire. 

Résultat : 29 % des élèves français ont déclaré utiliser un smartphone plusieurs fois par jour dans un établissement où son usage est interdit selon un rapport de l’OCDE (5). Pour les lycéens, l’interdiction n’est pas automatique. Chaque établissement définit les règles dans son règlement intérieur, pouvant aller de l’autorisation totale à l’interdiction complète. Les sanctions sont définies par le règlement intérieur de l’établissement scolaire : le téléphone peut être confisqué temporairement, avec restitution généralement en fin de journée ou aux parents par exemple. Il est bien sûr difficile de faire respecter l’interdiction de l’usage du smartphone lors des heures d’école tant que des mesures « d’éloignement »  de l’objet ne seront pas mises en place. Il fallait aller au-delà de la simple interdiction en imposant une mise à l’écart physique des téléphones. C’est pourquoi est intervenu le dispositif « Portable en pause » en 2025.

Le dispositif « Portable en pause » généralisé depuis la rentrée 2025

Selon les experts et auteurs du rapport d’avril 2024 (2), l’éloignement physique du smartphone lors de tâches exigeantes constitue la mesure la plus efficace, « car la distance spatiale libère littéralement nos ressources attentionnelles de la surveillance inconsciente de l’appareil ». C’est ainsi que plus de 32 000 collégiens ont expérimenté le dispositif « Portable en pause » en 2024-2025, « avec des effets positifs sur le climat scolaire, la concentration des élèves et une diminution des signalements de cyberharcèlement » selon le ministère de l’Éducation nationale. 

 

Depuis la rentrée de septembre 2025, le dispositif « Portable en pause » a été généralisé à l’ensemble des écoles primaires et des collèges publics.

Pour les collèges, les objectifs sont les suivants :

  Les téléphones portables et objets connectés (tablettes, montres connectées) doivent être éteints et rangés dès l’entrée dans l’établissement ;

  Chaque collège définit la modalité de mise à l’écart qu’il souhaite adopter : casiers individuels, pochettes magnétiques ou boîtes collectives ;

  Ces modalités sont décidées en concertation avec la communauté éducative et inscrites dans le règlement intérieur de l’établissement.

Par ailleurs, la diffusion des informations (notes, devoirs) dans les espaces numériques de travail (ENT) et logiciels de vie scolaire est suspendue le soir de 20 heures à 7 heures et les week-ends, du vendredi 20 heures au lundi 7 heures pour instaurer un droit à la déconnexion.

Pour les lycées, une réflexion doit être menée avec les élèves sur la place du téléphone portable, mais l’interdiction n’est pas automatique.

Une déconnexion très positive au Lycée La Jonchère

Au  Lycée La Jonchère , chaque matin, ce sont les élèves eux même qui déposent leur portable dans des casiers cadenassés prévus à cet effet. Les portables y restent depuis  leur arrivée à l’école à 9H00 jusqu’à leur sortie à 17H30. Les smartphones sont inaccessibles pour tous les élèves, quels que soient leur âge et leur niveau de classe. Il leur est donc impossible de les récupérer pour les consulter, à moins d’avoir une raison familiale majeure. 

On peut dire que la vie scolaire sans portable est une réussite. Aucun élève ne ressent le besoin de récupérer son téléphone dans la journée. Au Lycée La Jonchère, les échanges entre les élèves sont directs et authentiques. Grands et petits sont en interactions constantes, spontanément lors des pauses et du déjeuner ou dans le cadre du mentoring et de la médiation. Ces relations saines favorisent l’empathie, la coopération et l’intégration au sein du groupe pour les nouveaux élèves… qui adhèrent de plus en plus facilement à la mise à l’écart de leur « doudou connecté ».  

 

Sources :

(1) Baromètre du numérique, Credoc, édition 2025.

(2) « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », rapport de la commission d’experts sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans, avril 2024.

(3) Western Institute for Neuroscience – Emma Duerden, Canada mai 2025.

(4) « Silence Your Phones : Smartphone Notifications Increase Inattention and Hyperactivity Symptoms », Kostadin Kushlev, Jason Proulx, Elizabeth W. Dunn, San José, 2016.

(5) « Élèves et écrans : performance académique et bien-être », direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE, 2024. 

(6) « Effects of a 14‑day social media abstinence on mental health and well‑being: results from an experimental study», publié dans BMC Psychology, volume 12, article n°141, 2024.